EMOTIVEMENT VOTRES

TEXTES AMIS - POESIE - GIFS - TERRES IMAGinERES

04 décembre 2008

PUTE à HAMBOURG

de MANDRIN 45

         

Des filles à soldat, des putes diverses et variées, des noires achetées pour un pain de guerre ou un poulet au pili-pili, des fatmas aguichant le client éventuel uniquement avec leurs yeux, cela fait longtemps que j’en ai perdu et le nombre et les visages quand ils n’étaient pas voilés. Une seule m’est restée en mémoire. Lili Marlène, ma princesse de Hamburg.

Depuis pour moi, les infirmières sont des duchesses virginales, les caissières de supermarché des vicomtesses butineuses, les servantes de bistrot des Cendrillon au verbiage coloré, mes correspondantes virtuelles des marquises inaccessibles et les autres, des « objets » charmants mon regard par leur aptitude à se changer au gré de mes humeurs en Bovary inattendue ou en Milady indomptée.

Ah, les ports et les gares, j’en connais des dizaines et chacun et chacune ont une saveur particulière dans mon souvenir.Quelques charmant(e)s évaporé(e)s du net nous ont traités l’autre jour de poètes, le Monstre et moi. Je les en remercie et nous sommes sensibles à la flatterie.

Oui, oui, n’empêche que je ne dédaigne pas échanger horions et quolibets dans les tavernes enfumées et la poésie du maniement de la barre de cric lors de discussions plus ou moins vives ne m’est pas indifférente !

Quant au Monstre, comment vous expliquer cela vous qui avez l’habitude des parcours bien balisés par Bison futé.Disons qu’en semaine et la nuit, c’est un autre monde et l’autoroute n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Sa barre de cric à lui, c’est une semi de presque quatorze mètres de long et il aime bien jouer avec les Hidalgo qui se croient chez eux ou d’autres abrutis pensant que leur papier rose leur donne tous les droits. Il est farceur ce monstre !

Un soir, quelque part en Europe, je le vis même avec stupéfaction écraser délicatement le capot d’une Mercedes rutilante contre un mur en béton.

Alors que je m’apprêtais à lui faire un reproche me semblait-il justifié, je vis dans mon rétroviseur émerger de l’épave en question deux de ces maquereaux invraisemblables avec leurs petits pistolets ridicules à la main, tout surpris que quelque chose ait pu leur résister. Sacré Monstre, un vrai gamin et avec du flair...

Les ports disais je. Je ne sais qui a déteint de lui ou de moi sur l’autre, mais moi aussi, j’ai un flair bizarre. Lorsque je me retrouve dans une gare ou un port, immanquablement mes pas me mènent vers ce que vous appelez les rues chaudes, le petit bar caché au fond d’une ruelle inconnue du touriste.

Un bar fleuri à Granville.Pour vous donner un exemple, vous connaissez peut-être Granville ? On appelle cela un port pour faire plaisir aux Normands. Un port de carte postale quoi, croyais je.

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Il y a quelques années en plein mois d’août, on avait deux jours à perdre le Monstre et moi. Dix heures du matin, je décroche la semi, je lui lâche la bride. Il évite la petite place colorée, le casino pompeux, me dépose devant un bar fleuri. Peinard quoi pour prendre le café. Et bien non. C’est ce moment là qu’a choisi un Popeye ahuri pour traverser la vitre et s’écrouler ensanglanté à mes pieds. Moi le flowerpower convaincu, le hippie refoulé, tel est mon destin. Je suis persuadé que ce bar là n’est pas dans le guide du routard !

Alors des ports, j’en ai plein dans la tête avec leurs rues de Siam personnelles et leurs singes en hiver. Oran et ses bateaux brisés par la tempête, Haïfa et son Mont Carmel sous la neige, Napoli avec son Vésuve mythique, les marchands de cigarette, le marché aux voleurs et sa manifestation de contrebandiers lorsque les gardes-côtes avaient osé acheter une vedette rapide. Portsmouth et un pub ahurissant, Glasgow si différente du reste de l’Ecosse avec son paysage de ville bombardée et une blonde, enfin une vraie blonde quoi. Bien d’autres encore. Un blog n’y suffit pas.

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Et puis il y a Hamburg. J’ai des souvenirs aussi à Antwerpen, Rotterdam, Amsterdam ou Stockholm. Mais le port par excellence pour moi, c’est Hamburg à cause de Lily Marlène évidemment.

Je venais de je ne sais plus où lorsque le bateau atterrit dans ce port légendaire. Car les bateaux atterrissent bien sur ; les avions se posent ou s’écrasent, mais ce n’est pas mon truc. Le plus souvent, je préfère sauter en route. Je ne suis pas rassuré dans ces machins bizarres.

La gare ensuite. Les deux pôles d’une ville qui se respecte. Quelques jours plus tard, j’avais posé mon sac et je travaillais sur les docks.

Ville bizarre avec ses maisons cossues, son lac et ses voiliers prétentieux des bourgeois hanséatiques en plein milieu de la cité, la Reeperbahn enfin vers où vous mènent toutes les rues puisque c’est le passage obligé pour descendre au port.

Une fête foraine au sommet et trois kilomètres de sexe à la teutonne dans une avenue conçue par un Albert Speer facétieux. Je ne sais pas quoi vous dire d’autre. Il faut l’avoir arpenté, bu dans ces bars aux comptoirs gigantesques, pénétré dans ces Eros Center qui n’ont d’érotiques que le nom pour savoir ce dont je parle.

Mais le Sanktpauli que j’aime, c’est sur la gauche de la Reeperbahn. La rue sans nom dans mon souvenir, interdite aux femmes parce qu’elle en est déjà pleine, Herbertstrasse ou Davidstrasse je ne sais plus, avec le mur aveugle d’une brasserie interminable, les bars à mataf et un particulièrement où je finissais la nuit ou commençais la journée à trois heures du matin, c’est selon.

Certes les tabourets et bouteilles y vivaient parfois une vie aérienne autonome, mais le schnaps vous y brûlait délicieusement la gorge.
Un soir de pluie donc, alors que je descendais vers mon auberge préférée, elle m’aborda au coin d’une boutique de tatoueur. Constatant mon accent de Fransoze, dans un pur langage angevin, elle manifesta un enthousiasme auquel je ne résistai pas.

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Après un aimable badinage nous permettant de faire plus ample connaissance, elle émit le désir de partager une bouteille de cognac. Moi pauvre créature affaibli, sans défense , je ne sus résister à ces plaisirs promis.

Et elle parla enfin dans la langue de son enfance. Elle, l’allemande malgré elle que le pays de son cœur avait chassé dés sa prime jeunesse. Sa haine des schleus disait elle, employant des mots d’une autre époque. Son ironie mordante devant leurs phantasmes mesquins.

Elle me narra son père le Boche, disparu dans l’apocalypse finale. Sa mère la tondue morte de honte quelques années après la Libération qui fut pour Lili Marlène le début de l’enfer. Sa fuite en Allemagne où elle fut immédiatement perçu comme l’étrangère, un reproche vivant pour ces seigneurs s’étant crus dans Wagner et se retrouvant à jouer hypocritement un pitoyable Canossa.

Lorsque je sortis du sommeil quelques heures plus tard, j’effleurai ses paupières d’un chaste baiser, effaçai sur sa joue d’un index discret une larme imaginaire. Elle ouvrit les yeux, me sourit avec son âme et me déclara d’une voix timide avant de m’ouvrir les bras : « J’ai rêvé en français ». Inutile de vous dire que les bateaux ne m’attendirent pas.

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Je laisse les derniers mots à mon vieux pote Charlie
Qui dans un autre siècle la rencontra aussi.

Si vous la rencontrez, bizarrement parée
Traînant dans le ruisseau un talon déchaussé
Et la tête et l’œil bas comme un pigeon blessé,
Messieurs ne crachez pas de jurons ni d’ordure
Au visage fardé de cette pauvre impure
Que déesse famine a par un soir d’hiver
Contraint à relever ses jupons en plein air.
Cette bohème là, c’est mon bien
Ma richesse, ma perle
Mon bijou, ma reine.
Ma duchesse.

TEXTE de Mandrin45 /le 26 février 2007.© 2008

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31 octobre 2008

LE MONSTRE

TEXTE de MANDRIN 45
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Je suis donc le Monstre, non l’objet phallique de vos phantasmes ou de ceux d’un Spielberg adolescent, simplement le Monstre, sur de ma puissance mais regardant tel un Gulliver anachronique les moustiques que vous êtes s’agiter autour de moi.


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Mon maître me direz vous puisque vous me pensez mécanique ou animal pour les plus poètes d’entre vous, mon maître donc, qui est il ? Je le vis pour la première fois un matin ordinaire où je m’ennuyais dans une cour d’usine. Vous dire l’impression que me fit son doux regard ténébreux, je n’ai pas de mots. Je me sentis Achille devant Patrocle, Héloïse devant Abélard (Note du traducteur : « avant le léger incident qui l’a fait survivre dans nos mémoires… »). L’évidence me frappa. J’étais sa chose. Nous étions Un.
Trente ans déjà que j’évoque sans nostalgie, mon amour toujours présent pour lui qui m’a conduit dans tant de lieux magiques et près de gens si merveilleux parfois par la simplicité et la chaleur de leur accueil.

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Les sables africains, les lacs nordiques,les montagnes pyrénéennes, l’émotion qui m’a envahi moi simple monstre devant le panneau « Bethléem 25km. »,les servantes accortes,la poésie de la nuit dans les zones industrielles abandonnées,peut être essaiera t’il de vous les faire vivre avec ses pauvres mots d’homme. Mais c’est moi le Monstre qui les partagea avec lui.
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Toujours je me suis paré d’atours différents pour exciter son désir et sa convoitise. Je veux être tout pour lui, son amant, sa maîtresse.

         


         



Ses abandons momentanés pour le monde futile des hommes ne me troublent pas. Je suis le Monstre et je sais que nos liens sont indestructibles. Sans lui je ne suis rien, sans moi il n’est qu’humain. Je le veille et le berçe quand il dort dans mon sein.
Bien sur au fil du temps, je me suis transformé. J’étais Berliet ou Saviem, me voila Mercedes ou Volvo. Je suis doté d’outils modernes et sécuritaires me dit-on. Ma vieille boite Fuller remplacée par une boite automatique, un ou deux turbos, l’électronique, le gps, l’abs et le crs.
Dans ma cabine vous trouvez un tableau de bord d’avion, des boutons partout. Le monde a changé aussi et je me contente le plus souvent d’avaler des kilomètres d’autoroute avec mes mille litres de gazole au parfum si subtil, huit cent kilomètres par jour en début de semaine pour faire plaisir à Martine Aubry, mille ou plus les autres jours de la semaine puisque nous sommes des « outlaw » à partir du mercredi matin.

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Rassurez vous esprits chagrins devant notre indifférence face à la loi,nous sommes des dinosaures mon maître et moi et nous ne sentons plus vraiment chez nous dans ce siècle si étrange manquant singulièrement de poésie. Question de croyances sûrement puisque Dédé le brigadiste nous l’avait prédit religieux…

Les insectes qui m’entourent, nous les voyons bien sur. Nous anticipons leur bêtise de croire que mes quarante tonnes se stoppent instantanément. Alors il conduit et j’assume ma condition de monstre domestiqué. Tous ces périphériques européens ne sont dissemblables que par le caractère différent des autochtones et je module mes élans suivant le pays où je me trouve.
Et puis des cadavres, nous en avons déjà eu notre compte. Ceux des inconnus et ceux de nos camarades couchés dans un fossé une nuit ordinaire et que la grue ne réveillera pas.

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Des corps calcinés, des caravanes éventrées, des débris humains sur la chaussée, ce banlieusard éclaté sur L’A86 dans sa voiture pourrie à 5 heures du matin et qui devait se rendre à son travail gagner un salaire de misère, cette tête qui roula jusqu’à mon pneu un matin de printemps avec le rictus de la vie encore présente. Ma gorge de monstre se serre lorsque je pense à eux et je bride ma puissance pour pouvoir éviter les pauvres choses fragiles que vous êtes sans en être conscients.
Heureusement la route n’est pas toujours un drame. Certains matins, je sens mon seigneur et maître s’éveiller d’humeur guillerette. Il me parle mais je ne l’entends déjà plus. Son regard canaille jauge mes formes parfaites. Je frissonne et une sorte de langueur attentive m’envahit. Il descend et déjà je ne suis plus moi. Il fouille mes entrailles, débranche des fils, trafique des plombs, je ne sais plus, je suis perdu. Il remonte, introduit la clé, il m’ébranle. Je soupire, je m’ébroue.

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Nous bougeons enfin jusqu’à la départementale oubliée, rendue glissante par la rosée du matin. Il me lâche la bride, je pars en longues glissades improbables. Il se déchaîne dans un virage impossible. Nous oublions tout. Je suis lui, il est moi.
Alors, si vous m’apercevez gambader dans un chemin de traverse, n’ayez pas peur. C’est seulement moi le Monstre qui passe le temps. Je m’ennuie de lui. Il reviendra je le sais. Je l’attends.

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Texte de Mandrin45 © 2007

         

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Posté par LOTUCE à 03:05 - TEXTES de MANDRIN45 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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